1813 : à la recherche des chaufourniers de Parfouru

Enquête de 1811-1813 sur les fours à chaux

   Ce jour de novembre 1813, Germain Caillot, maire de Parfouru sur Odon, regarde arriver, en soupirant tristement, l'homme venu de Caen : il va devoir répondre à une enquête sur les fours à chaux commencée en 1811. Les études statistiques se succèdent et le lassent, elles ne sont pas toujours fiables, et d'ailleurs nombre de ses collègues, comme lui, n'ont pas répondu à l'enquête.

"Quels sont les noms des propriétaires de fours à chaux établis en votre commune ?
   Jean Heudier fermier de Mr Abaquesné en a un et Pierre Belissent, fermier de Mr Poignant jouit de l'autre.
Quelle est l'époque de l'établissement de ces fours ?
   Ils sont très anciens, je les ai toujours vus [sic].
Quel est le nombre d'ouvriers travaillant pour cet établissement ? Quel est le prix moyen des journées qui leur sont payées ?
   Il n'y a que des ouvriers que quinze jours pendant l'année, ils travaillent nuits et jours et on leur donne leur nourriture et chacun douze francs pour leur semaine.
Quelle est la valeur brute des produits ?
   Il y a des années que celui qui fait de la chaux perd. C'est le beau temps qui en décide.
Quel est le nombre d'ouvriers travaillant isolément pour leur compte ? Quelle est la valeur des produits qu'établissent des ouvriers ?
   Il y a un ouvrier employé deux mois 1/2 pour extraire de la pierre et il est payé depuis 90 à 100 F pour en tirer un four...
Autres informations :
   Il y a d'autres fourneaux à chaux établis depuis quelques années dans les communes environnantes que l'on chauffe avec du charbon, je ne puis vous donner aucun renseignement à ce sujet, ils travaillent 5 mois l'année, j'ignore quel en est le produit..."

(les réponses de Mr Caillot ont été reproduites sans aucune modification de style ni d'orthographe)

   Mais que savons-nous réellement de la chaufournerie à Parfouru sur Odon ?

Les fours à chaux de Parfouru

   Depuis l'antiquité, la chaux, produit dérivé du calcaire est utilisée pour la construction, l'amendement des terres, la conservation des grains (par absorption de l'humidité) et même par les tanneurs pour le nettoyage des peaux.
   La chaux vive est obtenu par cuisson de la pierre calcaire dont on chasse à haute température l'acide carbonique. Cette calcination de la pierre se faisait le plus souvent de manière artisanale dans un four à chaux creusé à même le sol. Au XIX ème siècle, la chaux est obtenue à partir de fours de plus en plus sophistiqués. Le four est d'abord chargé de fagots ou de bois puis de couches alternées de pierre calcaire et de charbon provenant sans doute de Littry. Les pierres sont portées au rouge vif, on pouvait alors extraire par le bas la chaux mêlée à la cendre. (Voir croquis)

   Dans le Pré-Bocage, l'ancienneté de la chaufournerie est attestée par la toponymie et par les traces relevées sur le terrain. Au XVIIIème siècle en effet, le développement de l'agriculture à stimulé la production de chaux servant à l'amendement des sols.
   Cette production locale de chaux était sans doute destinée aux besoins des bourgs les plus proches comme Villers-Bocage : le chemin connu aujourd'hui sous le nom de Chemin de Bretagne, s'appelait en 1830 Chemin d'exploitation des Bruyères et portait sur la commune de Villers le nom de Chemin des charbonniers.

   Les fours à chaux se sont implantés là où se trouve la matière première, c'est à dire les affleurements calcaires (Voir photo) et le combustible, près des ressources en bois, ou pour Parfouru sur les landes. L'espace qui s'étend entre le sommet de la côte des Landes vers Noyers-Bocage porte le nom à Parfouru de "Bruyères de Montbroc", et à Villy de "Landes de Montbroc".
   Le four est souvent aménagé au pied d'une déclivité pour rendre facile les accès à la partie basse, pour le déchargement, et à celui de la partie haute pour le chargement. (Voir croquis)

   Les documents d'archives indiquent les résultats de l'enquête de 1811-1813 :
"Monts : un four, 20 ouvriers - valeur brute des produits : 6000 F.
Tournay : 4 fours, 24 ouvriers, 400F."

   Et à Parfouru ?
   Dans cette statistique il n'y a pas de fours mentionnés pour Parfouru, Villers ou Villy, sans doute à cause des mairies qui n'ont pas, comme à Parfouru, répondu à temps à l'enquête (l'entretien avec Mr Caillot est reproduit ci-dessus).
   Les fours à chaux vont se multiplier et la matrice cadastrale de 1830 cite quatre fours inscrits sur la carte de parcellaire de 1830, ainsi que quatre carrières (Voir la carte du parcellaire)
Fours à chaux : "
   1 Parcelle 188 (Les Beaux) appartenant à Mr Poignant.
  2 Parcelle 192 (Les Bruyères de Montbroc) appartenant à Mr Dubosq
  3 Parcelle 220 ( La Delle des Landes) appartenant à Mr Abaquesné
  4 Parcelle 55-B (Ferme des Petites Maisons) appartenant à Mr Poignant
Carrières :
   4 Trois parcelles sont déclarées exploitées en carrières sur le lieu dit Les Beaux (181-183-199), une quatrième (218) est située sur la Delle des Landes en bordure du Chemin du Parc aux Prêtres."

   Selon l'annuaire des 5 départements de la Normandie, de 1850 : "Les pierres à chaux de Landes et de Parfouru sont regardées comme fournissant une chaux inférieure à celle qu'on tire des localités de Hottot, Fontenay et Tilly et contiennent 4 à 6% du poids en sable". (Un lieu dit de l'itinéraire, sur la commune de Tournay, s'appelle "Les Sablons")

    Cette petite chaufournerie locale perdure difficilement. Vers 1860 on assiste à une concentration dans les mains de spécialistes : les grosses batteries de fours à chaux de Monts et de Landes datent du début des années 1880. Les derniers fours vont disparaître peu à peu. A Tilly sur Seulles, où la chaufournerie fut une activité très florissante , le dernier four fut fermé après la reconstruction de la ville vers 1950.

   La randonnée proposée emprunte à Tournay comme à Parfouru ces anciens chemins qui permettaient l'exploitation des landes, le transport de la pierre (toutes les carrières ne possèdent pas de four propre) ou l'acheminement de la chaux vers Villers-Bocage.

JFSehier.
Sources : Philippe Bernouis (Service départemental d'Archéologie du Calvados, Conseil Général) - Archives municipales de Parfouru sur Odon - Encyclopédies.
Le groupe de travail remercie particulièrement Philippe Bernouis pour sa précieuse et aimable collaboration. 

J-F Sehier