Avertissement :
Les documents figurant dans ce travail sont des documents d'archive publiés, par souci d'honnêteté, dans leur intégralité. Certaines expressions peuvent choquer aujourd'hui. Elles sont le reflet d'une époque.
Les rédacteurs 
 
1915 : Parfouru pleure ses enfants
   Le 28 juin1914 l'héritier de l'empire d'Autriche, l'archiduc François Ferdinand est assassiné à Sarajevo. En un mois le mécanisme des alliances déclenche une guerre mondiale ; le 3 août l'Allemagne déclare la guerre à la France...
Les soldats partent avec détermination, ils pensent comme tout le monde que la guerre sera courte.
   En septembre la bataille de la Marne met fin à l'offensive allemande : un front continu de 750 km va s'étendre de la Mer du Nord à la Suisse. Au printemps 1915 les tentatives de percées échouent, le bilan humain est terrible...

   C'est ainsi que ce 3 juin 1915, le conseil municipal de Parfouru sur Odon
" dit son admiration sans borne pour le courage et la volonté énergique de vaincre avec lesquels sont partis tous les hommes valides de la commune,
 - envoie ses sincères félicitations et l'expression de son admiration à ceux de ses concitoyens, collègues et camarades qui sur le front font un invulnérable rempart de leurs poitrines pour arrêter la horde barbare de nos envahisseurs et, sous l'émotion cruelle que lui cause la mort des héros tombés glorieusement sur les champs de bataille pour défendre la plus sainte des causes ou qui ont été terrassés par la maladie,
 - associe la commune et le conseil municipal tout entier à la douleur des familles des chers disparus et particulièrement de celles habitant Parfouru,
 - décide que les noms de ces nobles victimes du devoir seront particulièrement honorés parmi nous. Ils seront proposés à la reconnaissance de tous, donnés en exemple aux générations futures et inscrits sur une plaque de marbre opposée après la guerre sur un monument public. "
Photos d'époque
   Deux jours plus tard, soit le 5 juin 1915, Monsieur le maire fait connaître :
" qu'il a reçu l'avis officiel de décès du Capitaine Abaquesné de Parfouru, du Caporal Beaumais, instituteur à Tournay, des soldats Robert, Lefèvre et Le Barbey, classe 1914, mais que malheureusement n'est peut-être pas close la liste des héroïques mobilisés de la commune tombés pour la sauvegarde du sol national, pour la défense du droit et de la liberté des peuples odieusement violés.
Le Capitaine de Parfouru du 36ème d'infanterie est héroïquement tombé le 16 septembre à Berry au Bac en chargeant à la tête de sa compagnie.
Le Caporal Beaumais du 23ème territorial a été mortellement frappé par un éclat d'obus le 18 septembre à Cormicy où il est décédé à l'ambulance le même jour.
Robert Georges René, soldat du 236ème d'infanterie et Lefèvre François Léon sont morts, le premier à l'hopital militaire de Reims le 5 décembre 1914, le second sur la voie ferrée à Mondeville près Caen le 10 mai 1915. Enfin, le jeune Le Barbey Emile, soldat de la classe 1914 est tombé au champ d'honneur le 9 ou 10 mai 1915 au combat de Neuville Saint-Vast. Il était incorporé au 26ème régiment d'infanterie. Il était né à Viessoix le 22 mars 1894.
   Le conseil municipal s'associant tout particulièrement à la grande douleur de Madame Beaumais, notre institutrice si dévouée, tient à lui exprimer l'assurance de ses condoléances les plus sincères et à lui témoigner combien il partage sa douleur et est de tout coeur avec elle en son grand malheur. Depuis 12 ans, il avait pu apprécier la loyauté, l'intelligence et le dévouement de son cher mari... ...Décide comme marque de reconnaissance d'accorder au Caporal Beaumais Arthur Ulysse dans le cimetière communal une concession gratuite et perpétuelle si le corps du glorieux héros peut être rapporté dans ce petit Parfouru qu'il aimait tant.
   Le conseil municipal prend une part bien vive au grand malheur de Madame Robert qui hélas a été si peu longtemps unie au brave soldat Robert, lui exprime ses plus sympathiques condoléances et la prie d'agréer l'expression de ses regrets les plus sincères. Forme les voeux les plus ardents pour le bonheur de la pauvre fillette née après la mort de son père. Décide de veiller sur elle jusqu'à sa majorité ou son établissement et de marquer dès maintenant l'intérêt qu'il lui porte en lui accordant un livret de 10 francs de la caisse des retraites pour la vieillesse et un autre de pareille somme à la caisse d'épargne postale. Vote pour cet usage d'un crédit de 20 francs à inscrire au budget additionnel de 1915.

La liste n'était hélas pas close puisque Parfouru allait encore perdre 7 des 41 soldats mobilisés au total :
   - Ernest Lange et Jules Gamblin étaient déjà décédés ;
   - Le 3 juin, le jour même où le conseil pleurait ses enfants, Marie Ernest tombait près d'Arras
   - Eugène Bacon mourait le 15 juillet
   - l'année 1916 allait voir disparaître Emile Ménard et le Caporal Pinchon
   - Ernest Taflet s'éteindra à l'hopital de Lyon en 1917

   Le 7 décembre 1919, le conseil décide de demander au Préfet l'autorisation de solliciter une subvention auprès de l'Etat et du Conseil Général pour aider au financement de la plaque commémorative. Il précise qu'elle portera 12 noms, que le prix s'élèvera à plus de 600 francs, dont 400 seront couverts par l'argent récolté dans la commune suite à l'ouverture d'une souscription.

Ce texte est la partie n°1 du thème " Les années de guerre " qui comprend chronologiquement :
   1. 1915 : Parfouru pleure ses enfants
   
2. 1920 : Parfouru honore ses enfants
  
 3. 1920 : Parfouru fête ses héros

J-F Sehier / M. Lucas