1. Août 1939 : Parfouru traumatisé
   En août 1939, il apparaît maintenant certain qu'Hitler va régler par la force le problème de Dantzig et du "Corridor polonais". Or une alliance militaire lie la France et la Pologne depuis 1921. Le 25 août l'Angleterre s'est liée par traité à la Pologne. Le 1er août le Conseil des ministres décide de procéder à la mobilisation générale ... le 2 septembre l'ordre de mobilisation générale est donc affiché dans toutes les mairies. Le lendemain, 3 septembre la guerre est déclarée à l'Allemagne.

   "Le jour où la guerre sera déclarée à l'Allemagne, Hitler s'effondrera ...Nous entrerons en Allemagne comme dans du beurre ... (Gamelin, août 1939).
L'opinion est plus inquiète, elle ne veut pas la guerre : le bain de sang de 1914-1918 est encore dans toutes les mémoires. A Parfouru, on vit aussi très intensément les jours de mobilisation, l'émotion et le chagrin des départs ...

   Hélène Gaillard se souvient de ce 3 septembre 1939 :
1. La mobilisation à Parfouru :
   "Marcel a été mobilisé en 1939, il était meunier. Il n'est pas parti seul, il y avait aussi Ernest Niard et Fernand Lemière, cultivateurs, Vital Niard, couvreur, Alfred Bertaux, Emile Fossé, Mr Delaroque, gardien du château, Alphonse Havard, ouvrier agricole, Léon Hervieu, exploitant ... Certains reviendront assez vite comme Alphonse Havard fin 1940 et Ernest Niard en 1941 ; Marcel ne sera libéré qu'en 1942 (Il retrouvera son siège de Conseiller municipal : il est mentionné secrétaire de séance lors du conseil du 9 août 1942, mais Fernand Lemière n'est toujours pas de retour le 18 mai 1945, le maire sera heureux de le féliciter peu de temps après pour son succès aux élections municipales lors de la séance du 19 juin de la même année) et le pauvre Fossé, lui, ne reviendra jamais : il mourra de maladie dans un hopital sans avoir revu les siens"
2." La drôle de guerre " :

   L'Etat-major français prévoit une guerre longue et prépare une stratégie défensive, l'armée reste protégée derrière la "Ligne Maginot", ouvrage défensif le long de la frontière. Des centaines de milliers d'hommes mobilisés sur le front sont inactifs.
Si Marcel a été mobilisé puis cantonné à Abbeville, d'autres se sont retrouvés sur la ligne Maginot :
 
 
3. "La débacle" :
   Les Allemands attaquent le 10 mai 1940. La "Blitzkrieg" est une guerre éclair, l'attaque des blindés appuyés par l'aviation provoque la rupture et enfonce les troupes françaises, les poussant à une retraite précipitée au milieu des populations civiles. Tout vole en éclats ce jour là, les ordres et la peur poussent les populations et les soldats à fuir devant l'ennemi : ce sont d'abord des cortèges de réfugiés venant de Belgique, de l'est de la France, puis la retraite des divisions françaises bousculées par l'ennemi. Le 16 juin la 1ère division d'infanterie nord-africaine qui devait tenir la banlieue sud de Caen se replie en direction de Vire.
   Jean Gaillard avait à l'époque 6 ans, les images de la débâcle sont restées gravées dans son esprit :
"La débâcle était un spectacle, les convois de soldats passaient sur la route et montaient la côte, fusils en berne qui trainaient au sol et baluchon sur l'épaule. Certains aidaient des civils en fuite à porter leurs affaires. On a été à pied là-haut avec ma mère, on a été les voir au bout du chemin (l'allée actuelle du Haut-Laurent), c'était pas beau à voir mais tout le monde était là pour les voir passer, on dit que certains se cachaient. On savait que les Allemands allaient arriver."
   Aucun combat n'avait lieu sur les routes du Bocage mais les habitants assistaient à la déroute d'une armée, symbole de la défaite du pays. Le 17 juin, Caen était pris, le même jour les premiers soldats allemands arrivaient dans le canton.

   Mme Gaillard se souvient des jours heureux au Moulin, mais Marcel ne va pas revenir de sitôt ...
   "Mon mari a été fait prisonnier en Vendée, devant un pressoir à vin, à l'abri dans un petit local, il a été repéré par les Allemands, fait prisonnier et emmené en Allemagne pour travailler. Il s'est retrouvé au stalag 11A à Altengrabau, c'est là qu'il mangeait et dormait. Certains prisonniers travaillaient dans les mines de sel, lui, il allait travailler à la ferme de Mr Bloomboum où il était bien traité et apprécié, on l'appelait "Monsieur Marcel".
   
Hélène Gaillard ne reverra pas son mari avant longtemps ... elle raconte :
   "On lui envoyait des colis bien sûr. Je préparais le colis à la maison, on mettait ce qu'on voulait, des chaussettes, un caleçon, des affaires. Il écrivait et disait qu'il avait faim, alors j'ajoutais un aliment stérilisé, une gâterie, papa lui faisait souvent un pain carré qui, avec les délais de transport, arrivait chanis (moisi). On cachait même une petite fiole de goutte - une bouteille de jouvence de l'abbé Soury dont on avait changé le contenu - dans un petit sac de farine à blé. Mais les colis étaient fouillés et Marcel n'a jamais reçu cette liqueur de jouvence. C'est bizarre car Ernest Catherine, notre beau-frère, recevait toujours les siennes, lui ...
   Un jour, j'avais tricoté un pull-over pour lui, mais ce jour-là, le grand-père Lerouget, cantonnier départemental, qui était venu chercher de la farine en fraude au moulin, est tombé dans la rivière en crue (on était au mois de novembre). Le courant l'entrainait, on lui a tendu une gaule, Raymond Catherine et moi ... Quand on a pu le sortir de l'eau, il était trempé et frigorifié ... et je lui ai donné le pull-over à enfiler. Je me rappelle que Jean était furieux, il pleurait : c'était le pull-over de son papa.
   Les colis étaient faits à Villers, Mr et Mme De Clermont-Tonnerre, les parents de Stanislas, consacraient le mercredi entier aux femmes de prisonniers, à l'hospice. Ils ajoutaient des choses dans les colis : un livre, une gâterie ... Mademoiselle Bernouis les aidait."
   Le 14 juin 1940, les troupes allemandes entrent dans Paris. Un exode massif commence : 8 millions de femmes, enfants, vieillards circulent dans le plus grand désordre sur les routes de France. Le 15, le gouvernement se replie à Bordeaux. Le 16 Paul Reynaud qui refuse de signer l'armistice, démissionne, il est remplacé par Pétain qui a 84 ans. Il demande l'armistice le 17. Le lendemain, depuis Londres, le Général De Gaulle lance le fameux "appel du 18 juin".

J-F Sehier / M. Lucas
Ce texte est la première partie du thème "Histoire vécue de la 2ème guerre mondiale" qui comprend chronologiquement:
   1. Août 1939              "Parfouru traumatisé"
   2. Juin 40 - Juin 1944  "Parfouru occupé"
   3. Juin 1944                "Parfouru libéré"
   4. Juillet 1944              "Parfouru déserté"
   5. Août 44 - 1945       "Parfouru retrouvé"