3. Juin-juillet 1944 : Parfouru libéré
" Les sanglots longs des violons de l'automne...
... bercent mon coeur d'une langueur monotone "

   Le 1er juin un message d'alerte, " l'heure des combats viendra " annonce un débarquement dans les 15 jours. Celui du lendemain, " les sanglots longs des violons de l'automne " indique l'imminence des opérations. Le message diffusé le 5 juin, à 17 h, 21 h 15 et 22 h 15 par Radio Londres, " bercent mon coeur d'une langueur monotone " complète la citation et confirme que les opérations de débarquement sont déclenchées.

Le " D Day " commence ... c'est enfin le débarquement !

" Les carottes sont cuites "
" Les dés sont sur le tapis "
   A Parfouru on écoute aussi clandestinement la radio anglaise, ces messages énigmatiques ont été entendus, sans être compris. Ces phrases mystérieuses mais mélodieuses les plongent chaque soir dans le rêve et l'espoir.
Qu'espère t-on donc entendre ?
   Ce 5 juin 1944,
au moulin de Parfouru, Hélène Gaillard se couche, la journée a été bien remplie, il faut dormir pour faire face aux tâches du lendemain, elle ne sait pas encore qu'elle va connaître la nuit la plus mémorable de son existence.

1. Des signes avant-coureurs du débarquement prochain :
   
A Parfouru comme ailleurs on sent le jour du débarquement de plus en plus imminent, Hélène Gaillard s'en souvient :
" De plus en plus d'avions survolent la commune. A la radio, la BBC émet des messages codés et la rumeur d'un débarquement prochain courait partout, tout le monde en parlait. "
   
L'attitude des allemands se durcit, Jean Gaillard raconte une savoureuse anecdote :
" Le débarquement, tout le monde en parlait, on ne savait ni où ni quand mais on savait comme tout le monde. Les gars creusaient une tranchée : Raymond (Catherine), Albert (Delaroque), Mr Lepont et un autre de leurs camarades en avaient fabriqué une belle de 8 à 10 mètres de long, tout en zigzag ... Ils ont mis quelques journées à creuser ça ... pas facile dans la caillasse !
Les allemands sont arrivés juste au moment où ils la finissaient ! Ils ont eu très peur : sous la menace des armes et des cris ils ont dû couper des branches, recouvrir la tranchée pour la camoufler et l'abandonner aux allemands qui se la sont appropriée bien sûr. Les soldats leur ont fait comprendre qu'ils devaient s'en aller, et c'est ce qu'ils ont fait, bien contents de s'en tirer sans trop de mal ...
Quelques jours avant le débarquement, la raffinerie de Grand-Quevilly est détruite :
" On trayait ce midi là, il y avait une grande fumée, c'est le lendemain qu'on apprit que les réserves de pétrole de Rouen avaient brûlé. "
On assiste à l'arrivée massive de renforts de troupes et matériels allemands :
" Nos campagnes étaient bourrées de matériel ... Au château, l'avenue était pleine de chars camouflés sous les arbres, sous les débris ."

2. Le 6 juin 1944 :
   Le 5 vers 23 heures, Mme Gaillard est réveillée par des grondements lointains d'orage ...
" A 2 heures du matin, je suis réveillée par un bruit de tonnerre ; j'ai peur de l'orage alors je n'arrive pas à me rendormir. Le bruit continue, je réveille Marcel "c'est peut être bien le débarquement ?" Il a ouvert la fenêtre : le bourdonnement était permanent et ça a continué sans interruption toute la nuit, je n'ai pas dormi du tout !
Le lendemain matin tout le monde est dehors de très bonne heure ... Il faut se rendre à l'évidence : le débarquement a commencé. Les réfugiés de la côte, présents sur la commune, crient "On va les voir ce soir, les copains".
   Dès 6 - 7 h le matin, les avions passent sans relâche, ils mitraillent les tanks allemands qui se sont mis en mouvement , empruntant la route du pont de chemin de fer, cibles des avions de reconnaissance.
   
Le char Tigre allemand est un monstre d'acier blindé de 56 tonnes, long de 8.45 m, large de 3.70 m et haut de 2.93 m .
L'étroitesse relative du passage (4 m) explique les dommages subis par le pont de chemin de fer de Parfouru
J'étais partie traire les vaches dans les Malières avec une petite jeune fille, on a eu peur, nous sommes tombées à la renverse, puis on s'est cachées dans le fossé, ça explosait et tirait un peu partout. Nous nous sommes réfugiées chez Mme Bocquet. C'est là que mon mari est venu me chercher, il était fâché car j'avais "choisi" la maison la plus exposée. Nous sommes rentrés au moulin où c'était un peu moins dangereux, en remontant d'abord le chemin du Parc aux prêtres et en suivant ensuite l'allée menant au château. Les vaches n'ont pas été traites, mais il fallait d'abord penser à se mettre à l'abri. "

3. La bataille de Normandie :
   Au soir du 6 juin, 156.000 hommes et 20.000 véhicules ont pris pied sur le sol français, la bataille des plages est gagnée. La bataille de Normandie commence.
" Les jours qui ont suivi, on trayait les vaches quand on le pouvait ; les pauvres bêtes souffraient de ne pouvoir être traites plus régulièrement. "
   On apprend à vivre avec le ronronnement des avions, avec le sifflement des obus. Mais le front va chaque jour se rapprocher.
" Parfouru n'a pas été bombardé, mais on recevait des obus, on les entendait siffler. "
Alors que les américains réussissent leur percée dans le sud-Cotentin, Anglais et Canadiens poursuivent leur progression. Des coups de sonde sont lancés par le 3ème Corps en direction de Tilly-sur-Seulles et de Villers-Bocage. Le 8 juin, les villages entre Bayeux et Tilly sont enlevés.

Les Tigres arrivent à Parfouru : (*)
   Le bataillon de chars lourds du I.SS-Panzer-Korps formé en juillet 1943 se trouve en Belgique dans les premiers mois de 1944, il est équipé de chars connus sous le nom de Tigres apparus sur les champs de bataille en Russie en septembre 1942. Le 6 juin au nord de Beauvais les compagnies dispersées sont rassemblées pour faire route vers le front de Normandie.
   Le 12 juin la 2ème compagnie de M. Wittman arrive à Villers après être passée par Epinay-sur-Odon, elle ne compte plus que 6 chars sur la dotation théorique de 14 chars. La 3ème compagnie arrive à Evrecy où elle subit un terrible bombardement la nuit du 14 au 15 qui fait 130 victimes parmi les habitants du bourg. Cette même nuit Aunay subit son 2ème bombardement après celui du 12, 56 personnes trouvent la mort.
   L'après-midi du 12, la compagnie de Wittman arrive à Epinay et se dirige vers le bas de la côte des Landes où, sous les couverts et dans les chemins creux, elle va trouver un abri et pouvoir se reposer en attendant que ses véhicules de ravitaillement la rejoignent. Au cours de la nuit les chars vont changer au moins 3 fois de place.
Le général Montgomery qui prépare une grande offensive vers Caen et une attaque surprise sur Villers-Bocage ne peut imaginer qu'un seul char, celui de Wittman, va contrarier ses projets. La tentative de débordement du front se heurte le lendemain 13 aux Tigres de la Panzer-Lehr de Michael Wittman qui surgissent du petit bois dans la côte de Villers-Bocage et laissent fumantes les carcasses de 27 chars anglais et nombre de véhicules ou chenillettes. La cité est alors écrasée sous les obus. Les allemands stoppent l'offensive britannique et reprennent Villers-Bocage.
   
  Un char Tigre allemand  
   Le 25 juin la bataille de l'Odon commence. Les combats font rage au Bas-de-Mouen, à Gavrus, à Cheux.
Villers-Bocage ne sera libéré qu'au début du mois d'août.
   Le 4 au matin les préparatifs de départ commencent, les allemands ont réquisitionné toutes les bicyclettes en état de marche pour quitter le plus vite possible un secteur qu'ils ne peuvent plus contrôler. En début d'après-midi les premiers anglais arrivent ...
   Mais à Parfouru en ce début du mois de juillet, nos gens sont toujours là ... On pense au départ inévitable.

(*) références : Villers-Bocage Normandie 1944 - Henri Marie - Editions Heimdal
J-F Sehier / M. Lucas

Ce texte est la 3ème partie du thème "Histoire vécue de la 2ème guerre mondiale" qui comprend chronologiquement :
   1. Août 1939              "Parfouru traumatisé"
   2. Juin 40 - Juin 1944  "Parfouru occupé"
   3. Juin 1944                "Parfouru libéré"
   4. Juillet 1944              "Parfouru déserté"
   5. Août 44 - 1945       "Parfouru retrouvé"