Avertissement :
Les documents figurant dans ce travail sont des documents d'archive publiés, par souci d'honnêteté, dans leur intégralité. Certaines expressions peuvent choquer aujourd'hui. Elles sont le reflet d'une époque.
Les rédacteurs
 
1920 : Parfouru fête ses héros
   Le 11 novembre 1918 l'armistice met fin aux hostilités.
    Le 15 janvier 1920 le conseil municipal de Parfouru-sur-Odon inaugure la plaque commémorative portant l'inscription " Aux enfants de Parfouru morts pour la France ". Ce même jour à l'occasion de la rentrée dans leurs foyers des mobilisés de la commune, le conseil municipal fête les héroïques artisans de la victoire. Un banquet leur est offert dans la salle de l'école.

Au dessert, Monsieur Bellissent, Maire, s'adresse aux vingt-neuf poilus présents. Il prononce l'allocution suivante :

" Messieurs,
   C'est avec une profonde satisfaction que je préside aujourd'hui le conseil-repas qui réunit autour du conseil municipal nos héroïques soldats de la commune.

   
Qu'il semble loin ce jour du 2 août 1914 où le lugubre toscin appela sous les armes tous les Français capables de porter un fusil.
   Notre ennemi héréditaire, le Boche sauvage, attaquait notre chère patrie, il voulait la détruire. Il se croyait certain du succès, ses plans étaient tracés sur le papier. Six semaines suffisaient, croyait-il, pour entrer triomphalement à Paris et dicter la paix qui devait nous livrer pieds et poings liés au vainqueur.
   La seule chose sur laquelle il n'avait pas compté, votre patriotisme, l'étonna d'abord, l'arrêta bientôt. La France se leva tout entière, courut aux armes et marcha résolument pour défendre la frontière. C'était l'Union Sacrée.
   Avec quel serrement de coeur nous vîmes partir cette belle et ardente jeunesse, la veille encore si pacifique et dans les yeux de laquelle se lisait si bien la volonté formelle de vaincre ou de mourir.
   Vous avez vaincu, c'est vrai, mais au prix de quels sacrifices. Combien hélas sont restés là-bas, dans les champs de carnages, nobles victimes qui ont donné leur vie pour la défense de nos foyers, pour empêcher la horde barbare de venir faire le désert dant toute la France !
   Nous étions pacifistes dans notre belle Patrie. Voulant la paix, nous ne pouvions pas supposer qu'un peuple se jetterait sur un autre sans le moindre prétexte, détruirait tout ce qui fait la richesse d'un pays, violerait , fusillerait sans miséricorde, emploierait les moyens les plus sauvages pour arriver à asservir la France.
   Le réveil fut terrible. Malgré votre bravoure, mes chers Poilus, vos armes étaient inférieures aux siennes, l'ennemi avançait à marches forcées. En un mois, la Belgique, le Nord de la France râlaient sous la botte allemande. Encore quelques jours et Paris succombait.
   Votre courage ne vous quitta pas cependant. Vous reculiez en combattant jusqu'au moment où, voulant vaincre ou mourir, vous fîtes un effort désespéré.
   Ce fut la première bataille de la Marne.
   Votre héroïsme fut récompensé. Après cinq jours de combats ininterrompus, le Boche fut non seulement arrêté mais il recula à son tour pour se terrer honteusement. La France était sauvée, mais non libérée encore.
   Il vous fallut quatre ans d'efforts inimaginables, de combats acharnés, de souffrances terribles, de ténacité indomptable pour achever votre oeuvre.
   L'été de 1918 couronna votre persévérance, confirma vos succès et le beau jour du 11 novembre nous apporta, avec l'armistice, l'aurore de la paix.
   C'était enfin la France et la Belgique libérées, l'Alsace et la Lorraine restituées à la patrie mutilée en 1871. C'était votre retour dans vos foyers au milieu de l'allégresse générale, de la reconnaissance et de l'admiration de tous vos compatriotes.
   La petite commune de Parfouru est fière de ses héroïques enfants. Le grand nombre de ceux qui sont tombés au champ d.'honneur, les citations et les croix si nombreuses qui vous ont été décernées l'attestent d'une manière irréfutable. Je salue patriotiquement ceux qui ont obtenu ces nobles distinctions : Le capitaine Bailli Masson, le maître ouvrier Emile Renée, Georges Martin, Emile Ménard, caporal Pinchon, sergent Gaston Ménard, Fernand Jeanne, Pierre Raoul Barette, Eugène Le Barbey, Beaumais Arthur, caporal.
   En mon nom, au nom du conseil municipal, au nom de ceux qui, restés au foyer, suivaient fiévreusement votre lutte si longue et si meurtrière, permettez-moi de vous remercier du fond du coeur.
   Mes chers camarades,
   Permettez-moi de vous donner ce nom si cher à mon coeur. Ne sommes-nous pas tous camarades ici ? Ne sommes-nous pas tous d'anciens soldats, jeunes ou vieux combattants français au coeur ardent, au patriotisme indéfectible ?
   Vos femmes, vos enfants, vos vieux parents restés à l'arrière n'ont jamais douté de vous, de votre victoire. Ils ont travaillé nuit et jour pour produire, pour fournir autant que possible le nécessaire.
   Après votre retour, ils ont continué leur labeur. Aujourd'hui, ils vous disent par ma bouche : travaillons tous ensemble et sans relâche pour que la France vive et guérisse ses blessures. Travaillons fermement : produisons de plus en plus tout ce qui est nécessaire aux besoins du pays. Surproduisons, non seulement pour ne plus rien acheter au-dehors, mais encore pour pouvoir exporter hors frontières.
   Il le faut de toute nécessité pour enrayer la vie chère. Le change sur l'étranger nous ruinerait à bref délai, notre monnaie perd d'une façon inquiétante.
   Quand un Français achète, soit en Amérique, soit en Angleterre, soit même en Espagne un objet de 9 sous, il lui faut payer 20 sous ! Réfléchissez à quel prix il faut revendre cet objet après avoir soldé le transport, les intermédiaires et le bénéfice du détaillant.
   Mais la France a traversé des crises plus redoutables. Son sol est riche et fécond, ses habitants sont industrieux, travailleurs et économes. Unissons nos efforts, notre bonne volonté. Continuons l'Union Sacrée pour que nos sacrifices n'aient pas été dépensés en vain.

Vive les Poilus de Parfouru
Vive la France "

Un Poilu, Louis Noël, prononça quelques paroles de remerciements. La réunion se termina longtemps après au milieu de la plus franche cordialité.


 
Les plaques commémoratives sont parfois oubliées de nos jours, à la différence des monuments communaux situés de façon privilégiée sur les places publiques. Elles furent même parfois retirées lors de la restauration de l'intérieur de l'église, au cours des trente dernières années.
Mais le temps estompe les écritures : voici deux ans, le conseil municipal de Parfouru a fait "redorer" les noms des victimes figurant sur cette plaque commémorative.
Invariablement chaque année, les 8 mai et 11 novembre, les habitants de la commune se recueillent devant cette plaque et honorent, près d'un siècle plus tard, la mémoire de ces hommes "morts pour la France" 
Cérémonie commémorative du 11 novembre  

Ce texte est la partie n°3 du thème " Les années de guerre " qui comprend chronologiquement :
   
1. 1915 : Parfouru pleure ses enfants
   
2. 1920 : Parfouru honore ses enfants
   3. 1920 : Parfouru fête ses héros

M. Lucas / J-F Sehier