1970, la dernière Saint-Laurent !
A la Saint-Laurent ...
  Saint-Laurent est le patron de la paroisse de Parfouru-sur-Odon où il était fêté chaque année, mais les feux de la  Saint-Laurent se sont éteints sur notre village ...
C'est ainsi que ce 18 juin 1971, Monsieur Lemonnier, maire de Parfouru, fait part de la mort de la Saint-Laurent à Parfouru.

Il n'y eut donc pas de fête cette année-là et le 10 août 1970 fut la dernière fête de la Saint-Laurent à Parfouru ...

1. Qui était Saint-Laurent ?
Laurent (Lorenzo, Lawrence, Lorenz ...) fut l'un des 7 diacres romains du pape Sixte II (ecclésiastique chargé des oeuvres de charité). Laurent est un nom d'origine latine qui signifie " provient de la ville de Laurentum ". Il subit le martyre en 258 pendant les persécutions de l'empereur Valérien. Il est fêté le 10 août.
Il est surtout connu par " la légende dorée * " qui compila les différentes sources pour en tirer un long récit sur le diacre Laurent et son martyre.
* ouvrage rédigé entre 1261 et 1266 qui raconte la vie de 180 saints

Vie et légende de Saint-Laurent :
Né en Aragon, Laurent a été appelé par le pape pour devenir diacre. Au nombre des tâches du diacre figure celle de distribuer du bien aux pauvres. Il est trésorier de l'Eglise et la police tente d'obtenir de lui biens et archives de l'Eglise. Quand le préfet Cornélius voulut s'en emparer, il se présenta devant lui avec ses pauvres en disant qu'ils étaient le trésor de l'Eglise. Il fut arrêté et torturé sur un gril posé sur des charbons ardents. Avant de mourir il aurait dit à Valérien qui assistait au supplice : "je suis bien rôti de ce côté-ci, tourne-moi de l'autre côté et mange-moi". Ce gril est purement légendaire !


Pourquoi fêtait-on Saint-Laurent à Parfouru ?

Laurent est le saint patron de la commune. Il a d'ailleurs sa statue dans l'église.
La Saint-Laurent se situe le 10 août et donnait lieu autrefois, à Parfouru sur Odon, à une fête qui regroupait non seulement les habitants de la commune mais aussi des gens venus des communes voisines pour rendre hommage au saint patron de la commune, mais en même temps pour profiter de la fête et retrouver la famille.

   " La fête de la Saint-Laurent fait partie de mes souvenirs de jeunesse. Mes parents habitaient Villers-Bocage. La famille Bertaux habitait la ferme de Montaville, Alice Bertaux était ma marraine. Je passais mes vacances à Parfouru, mais aussi les week-ends, les jeudis et tout mon temps libre ... Alfred Bertaux venait me chercher avec sa "15" et plus tard je prenais ma bicyclette ...
   De 10 à 15 ans, j'ai vécu toutes les fêtes de Parfouru, la Saint-Laurent était une des grandes dates de l'année, c'était la fête paroissiale et 6 mois après Noël, c'était l'occasion de réunir toute la famille. "

Statue de Saint-Laurent visible en l'église de Parfouru
2. C'est la fête au village ...
" Monsieur le maire a décidé
Qu'il fallait s'amuser
Par arrêté municipal
   Il a ouvert le bal " *
* JF Porry/G. Salesse ; 1988. La fête au village, interprétée par"Les Musclés"
Les préparatifs de la fête :
Un élu de la commune, Alphonse Havard, devait retenir longtemps à l'avance les forains qui allaient venir animer la fête ce jour-là. Il devait faire au moins 25 kilomètres à bicyclette pour s'y rendre, autant bien sûr au retour, et devait leur garantir une recette suffisante pour qu'ils acceptent de s'engager ...
" Tout le monde participait à la préparation , plus ou moins bien sûr. J'ai participé à la décoration des chars, une charrette attelée était décorée, comme nous le pouvions ; dans la semaine nous faisions des fleurs en papier avec Simone Bertaux et avec tous les amis. Le maître d'oeuvre c'était Alphonse Havard, c'est lui qui prenait contact avec les forains, qui organisait tout avec l'aide de ses fils ... la Saint-Laurent c'était d'abord l'affaire d'Alphonse !"
Les samedi et dimanche les plus proches du 10 août donnaient lieu à l'organisation d'une fête dans la commune qui pouvait rassembler plus de deux cents personnes.
" C'est la fête au village
Les parents
Les enfants
Ont avalé leur potage
Pour s'amuser
Pour danser, pour chahuter
En chantant des airs bien de chez nous
Houhou ... !
Pour faire les fous
Au son de l'accordéon
En buvant ensemble des petits coups "
Le samedi avaient lieu les préparatifs :
   - aller chercher des fleurs pour embellir l'église et les poteaux télégraphiques décorés de serpentins et de roses en        papier, de branches de bouleaux,
   - aller quêter de porte en porte pour récupérer de l'argent ou des dons en nature (lait, beurre, cidre, vin, lapins        vivants...) qui allaient servir de lots pour les stands du lendemain.
" Le samedi soir c'était d'abord la fête foraine, elle avait lieu dans le champ en contrebas de l'actuel abribus. Il y avait là les manèges à l'ancienne, notamment des chevaux de bois, les tirs, les loteries, le chamboule-tout, ... Il y avait aussi de grandes tables en bois autour de la buvette, les hommes y étaient presque tous attablés."
Le soir enfin se déroulait la retraite aux flambeaux qui cheminait de la maison Bellissent jusqu'à la ferme Bertaux pour gagner le château. Suivait le feu d'artifice puis le bal sur la "route", non goudronnée à l'époque et qu'il avait fallu balayer pour la rendre présentable. Ce bal pouvait bien mener jusqu'à trois, voire quatre heures du matin. Mr Fauvel, habitant d'Aunay sur Odon, apportait son phonographe et de nombreux disques dont les musiques entraînantes invitaient les personnes présentes à danser. Une année même avait été louée une salle des fêtes démontable avec parquet, armature métallique sur laquelle étaient tendues des bâches, le tout installé dans l'herbage de la Motte aimablement mis à disposition par Mr Bellissent.
" Mais c'était aussi le bal populaire sur la route, sur la petite place que formaient la route d'Epinay et la route du village. Je ne me souviens plus des musiciens, peut-être des gens qui jouaient de l'accordéon, je me demande si le père Mialdea et sa femme n'ont pas joué ici à l'occasion de la fête. Tout le monde s'amusait et je ne me souviens pas de bagarres. "
" On a débarrassé
Toute la place du marché
Quand la nuit est tombée
Tout le monde s'est mis à danser "
Le dimanche commençait par la messe du matin avec le pain bénit entreposé sur une petite table. L'église était pleine, les derniers arrivés restant même debout par manque de places assises !!!
" C'était d'abord la grande messe à l'église Saint-Laurent, complètement pleine ... Je distribuais ensuite le pain bénit aux gens qui n'allaient pas à la messe avec les gars Bosquet et les autres jeunes qui habitaient là ...
On assistait au défilé des chars, il y avait peut-être même des chars des communes voisines.
C'était ensuite le moment du "pot", peut-être chez Armand Bellissent (actuelle maison Curry) et au café-épicerie de Parfouru chez Mme Lebas (actuelle maison Roland Martin). Puis on revenait à la maison pour le grand repas de famille, car frères et soeurs, cousins et cousines, oncles et tantes, toute la famille était réunie, et ça dans chaque maison ... on ne manquait pas la Saint-Laurent ! "

Le dimanche après-midi, c'était la fête foraine qui allait battre son plein avec ses balançoires, ses manèges pour enfants, son chamboule-tout, son panier à soupeser (il fallait deviner son poids pour emporter la mise), ses pochettes-surprises, un radio-crochet pour les enfants ( le meilleur des artistes en herbe étant bien entendu récompensé) ... et bien sûr l'incontournable buvette qui, dit-on, faisait de très bonnes affaires ...
Une tente était dressée à hauteur de la cabine téléphonique actuelle, pour le cinéma muet de plein-air qui attirait de nombreux curieux. Ils pouvaient assister à la projection, assis sur des bancs de bois disposés à cette occasion.
La course aux ânes était une autre curiosité : 5 ou 6 de ces animaux étaient montés à cru par d'audacieux participants dans l'herbage de la Motte. Imaginez l'ambiance, les encouragements des spectateurs ... Quel sport !
" Après le repas, on retournait à la fête en promenade et pour faire plaisir aux enfants qui participaient aux courses en sac, aux courses à pied et aux jeux qui leur étaient destinés ... "

Vainqueur de la course d'ânes Char fleuri devant la maison Bellissent Une demoiselle sur une balançoire

Le soir enfin se tenait à nouveau le bal, tout aussi animé que la veille et qui pouvait bien se prolonger aussi fort avant dans la chaude nuit d'août.
" ... et la fête prenait fin, on se donnait rendez-vous pour l'année suivante. "
Les bénéfices faits lors de cette fête organisée par le Comité des Fêtes servaient à financer le voyage des scolaires. Mais l'école fermera en1965 et l'année 1970 vivra la dernière Saint-Laurent : il n'y aura pas de fête en 1971, ni plus jamais d'ailleurs, comme le confirme le compte-rendu du Conseil municipal du 18 juin 1971.

3. L'eau de saint Laurent
   De plus, on lui reconnaît le pouvoir de guérir les gens atteints du "feu de saint Laurent", c'est à dire du zona (une maladie qui vous brûle), pour peu que ces personnes aient donné de l'argent à l'église pour y faire dire une messe en leur faveur. Hélène Gaillard en témoigne :
   " Il n'y avait pas l'eau courante à cette époque, ceux qui n'avaient pas de puits allaient le plus souvent la puiser à la Fontaine Boisarde, au bas du chemin. L'eau fournie par la pompe en haut n'était pas potable et ne servait que pour les barriques. C'était une belle source que la Fontaine Boisarde. J'en ai bien souffert de ces feux, la moitié du corps était prise, la peau était couverte de boutons, de cloques, de croûtes. J'allais à l'église mais je ne croyais pas à ces miracles et j'ai préféré faire venir le docteur qui m'a donné de la poudre, mais il m'a dit aussi, ce qui est incroyable, d'aller me faire toucher ... je n'y suis pas allée et c'est parti avec le temps.
" Monsieur le maire a décidé
Qu'y'n fallait plus s'amuser
Par arrêté municipal
Il a fermé le bal "
M. Lucas / J-F Sehier - avec le témoignage de Paul Moulinet et la collaboration d'Hélène et Jean Gaillard que l'on remercie pour leurs photographies prises en 1954 ou 1955.