II. 1853 - 1878 : De la crise au divorce

   La loi impose à chaque commune de disposer, seule ou en association, d'une école primaire et de prendre en charge la scolarité des plus démunis. Depuis de longues années les enfants de Parfouru désignés par le Conseil municipal de Parfouru suivent le chemin de l'école de Tournay, d'autres sont inscrits dans les écoles voisines. L'instruction des filles se développe, les coûts de l'enseignement primaire montent, montent encore ... La commune de Tournay va devenir plus exigeante :
   A la lune de miel de 1834 va succéder la crise et la séparation en 1878 ...

"Instruire les garçons ? oui, mais ...pourquoi donc envoyer aussi les filles à l'école ? Qui va donc payer ces nouvelles dépenses ?"

Ces questions, bien des habitants de Parfouru on dû les poser en 1853 lorsque le chemin de Tournay cessa d'être "aussi commode".

 
Une école villageoise au XVIII ème siècle
L'école des garçons :
D'après une gravure d'Eisen
Histoire du peuple français - Tome 3

Le mobilier est réduit à la présence de quelques bancs.
Les élèves sont regroupés autour du maître qui dispense un enseignement surtout oral : les élèves apprennent à compter, lisent et répètent, apprennent et récitent.
 

   La fréquentation scolaire se heurte à la concurrence souvent victorieuse du travail des enfants. Bien que les vacances d'été soient censées ne pas dépasser 6 semaines, la petite école rurale doit souvent fermer ses portes de Pâques à la Toussaint. La 1ère loi réglementant le travail des enfants est votée le 22 mars 1841. Elle interdit d'embaucher au-dessous de 8 ans. De 8 à 12 ans la durée du travail ne peut excéder 8 heures et 12 heures de 12 à 16 ans. Le travail nocturne est autorisé à partir de 13 ans.
La scolarisation des filles, qui tient peu de place avant le milieu du siècle, se développe à son tour : en1832 on compte 1.200.000 écoliers contre 750.000 écolières ; en 1850 elles ont doublé leur effectif. Fréquentation scolaire plus assidue, scolarisation des filles : le coût de l'éducation va augmenter et grever lourdement les budgets des communes ...

"Qui a eu cette idée folle, un jour d'inventer l'école ? "
Qui a eu cette idée folle, un jour d'inventer l'école ?
C'est ce sacré Charlemagne, sacré Charlemagne ... "


Parfouru veut une institutrice ...
Le compte financier de Parfouru mentionne pour la première fois, le 13 mai 1850, une imposition spéciale pour l'instruction primaire. L'année suivante, l'imposition (instruction primaire et chemins vicinaux) s'élève à 114, 32 francs.
Le 6 mars 1853, le maire fait connaître au Conseil que "plusieurs habitants se plaignent parce qu'ils ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l'école vu la distance et le mauvais chemin qu'il y a pour y arriver. Considérant que la commune de Parfouru a été réunie avec la commune de Tournay pour l'instruction des garçons, considérant que les enfants de la commune de Parfouru ne vont à l'école de Tournay qu'en très petit nombre et qu'il en va autant dans les écoles de deux autres communes dont les chemins sont très mauvais pour y arriver, ce qui fait qu'il n'y a pas plus de la moitié des enfants qui vont à l'école et qui peuvent y aller,
   Considérant qu'il y a au moins 35 enfants qui pourraient aller à l'école s'il y avait une école dans la commune, Vu la proposition et les avantages que les enfants en retireraient, le Conseil est d'avis qu'il soit autorisé d'avoir l'école dans la commune et le Conseil préférerait une maîtresse d'école vu qu'il y a bien plus de filles que de garçons.
   En conséquence, que la présente délibération soit envoyée à Monsieur le préfet pour qu'il veuille bien ordonner que ladite commune soit séparée de celle de Tournay et avoir une institutrice dans la commune de Parfouru."

La condition des maîtres s'améliore
La loi Falloux de mars 1850 incarne la réaction cléricale et défend les prérogatives de l'Eglise en matière d'éducation.
   L'Eglise est presque maîtresse dans l'enseignement primaire, ainsi en ont voulu les lois Guizot et Falloux.
La tutelle du curé est parfois très lourde : le maître doit enseigner le catéchisme et l'histoire sainte, la prière précède et suit les classes. L'instituteur est secrétaire de mairie ce qui lui procure des relations fréquentes avec la municipalité et le fait jouir d'une certaine considération. Il chante au lutrin, conduit les enfants aux offices et touche pour ceci 60 à 80 francs/an, il est aussi membre actif de la Fabrique dont il tient les comptes. Enfin dans les processions il porte la bannière du saint patron de la localité.
Les Conseils municipaux sont libres de choisir pour l'école publique des laïcs ou des religieux. Les maîtres reçoivent toujours le droit d'écolage : 1,25 franc par élève et par mois (rétribution des élèves payants). En 1850 le salaire minimum est porté à 600 francs par an, puis 800 francs en 1862.
Une loi abaissera de 800 à 500 habitants le seuil qui oblige les communes à ouvrir une école de filles. Il autorise les communes à lever une imposition pour financer la gratuité et recommande la création des caisses des écoles. Le revenu des institutrices est fixé à 400 ou 500 francs.

A Parfouru aussi on fait les comptes. Ainsi, ce 12 février 1860 :
"Le Conseil municipal propose de fixer le taux pour la rétribution scolaire pour l'année 1860 à ... 1,25 franc. Il arrête le traitement fixe de l'instituteur pour la dite année à la somme de 161,40 francs pour la portion afférente à la commune de Parfouru réunie avec celle de Tournay-sur-Odon.
Il examine ensuite si conformément à l'article 38, il y a lieu d'allouer à l'instituteur un supplément de traitement afin d'élever son revenu au minimum de 600 francs ..."

La qualité de l'enseignement progresse
Sous le Second Empire, le gouvernement lance en 1862 la publication de cartes statistiques sur l'instruction en France (publiées en 1867). Les effectifs scolarisés progressent malgré la perte de l'Alsace-Lorraine : 1,1 million d'élèves en 1820, 1,9 en 1832, 3,3 en 1850, 4,5 en 1866, 4,9 en 1879. L'écart entre garçons et filles est réduit à moins de 70.000 élèves.

Quel est le niveau de l'instruction à Parfouru ?
Le recensement de 1866 apporte une réponse. Exceptionnellement ce recensement fait le bilan du niveau d'instruction en comptant ceux qui savent lire et écrire dans chaque commune. Voici le bilan de Parfouru :

  Ne savent ni lire ni écrire Lisent seulement Lisent et écrivent Total
Hommes 35 5 83 123
Femmes 16 8 63 87
Total   51* 13 146 210
* Origine sociale des illettrés : ceux qui sont au service des autres (domestiques, journaliers)

 
Une école vers 1840
L'instituteur du village :
Gravure de Lacoste vers 1840
Histoire du peuple français - Tome 3
Une quinzaine d'enfants de Parfouru sont scolarisés vers 1850, presque tous des garçons. Ils fréquentaient les écoles de Tournay, Epinay et sans doute Monts-en-Bessin.
Le mobilier scolaire s'enrichit peu à peu : le maître dispose d'un bureau et la salle de classe est équipée d'un tableau noir.
 

De la crise au divorce
Le 4 mars 1873 une demande du Conseil municipal de Tournay relative à la participation de Parfouru aux achats et à la réparation de la maison d'école va provoquer la rupture :
"considérant que la commune de Tournay avait d'abord loué une maison, acheté depuis une nouvelle maison d'école et fait toutes les réparations nécessaires, revendu leur acquisition, acheté de nouveau une maison menaçant ruine ... sans jamais avoir demandé aucun argent ni avis à la commune de Parfouru,
C onsidérant que Parfouru n'a jamais pu envoyer qu'une partie de ses écoliers à Tournay vu son éloignement et le mauvais état des chemins, le reste allant soit à Epinay, soit à Villers ou même à Monts ...
Considérant que le Conseil municipal avait fait une délibération en date du 6 mars 1853 pour avoir une institutrice...
Considérant que la commune de Tournay n'a qu'une maison d'école pour les garçons et que celle où est l'école des filles appartient à un particulier ...
le Conseil municipal est d'avis de ne rien payer de plus que ce qu'il paie annuellement à la commune de Tournay et serait forcée, si celle-ci insiste, à réitérer sa demande du 6 mars 1853 ..."

et le 19 avril de cette même année ...
"Le Conseil municipal de Parfouru a l'honneur d'exposer à Mr le préfet que la commune de Tournay exagère le prix de la location de sa maison d'école attendu qu'une partie est occupée par la mairie de Tournay ... Le Conseil fait en outre observer à Mr le préfet que la commune d'Epinay est aussi rapprochée de Parfouru que celle de Tournay et les communications plus faciles car il n'y a pas de chemin vicinal entre Tournay et Parfouru ... Le Conseil prie instamment Mr le préfet dans l'intérêt de la commune de Parfouru de la distraire des écoles de Tournay pour la réunir aux écoles d'Epinay.
Si cette combinaison n'était pas acceptée le Conseil demanderait à Mr le préfet d'établir une école mixte à Parfouru ..."

"... Participe passé, 4 et 4 font 8
Leçon de français, de mathématiques
Que de, que de, travail, travail
Sacré sacré sacré sacré sacré sacré Charlemagne"

J-F Sehier/M. Lucas
Ce texte est la seconde partie du thème " histoire d'une petitie école " qui comprend chronologiquement :
   1. 1829-1853 " Un grand chemin de terre mène à l'école de Tournay "
   2. 1853-1878 " De la crise au divorce "
   3. 1878-1918 " Une école de la République à Parfouru "
   4. 1918-1939 " Qu'as-tu appris à l'école ? "
   5. 1940-1965 " Déclin et mort de notre petite école rurale "
   6. 2006           " L'école de Parfouru en images " 1. Une grammaire archtecturale
   6. 2006           " L'école de Parfouru en images " 2. Une organisation de l'espace