I. 1829 - 1853 : un grand chemin de terre mène à l'Ecole de Tournay
   L'essor de l'instruction publique est une des grandes révolutions de la 1ère moitié du XIX ème siècle.
L'enseignement primaire n'alourdit certes pas les dépenses de la municipalité de Parfouru et les comptes financiers de la commune, publiés chaque année pendant la Restauration, ne font jamais état de dépenses scolaires.
   Pourtant il y a déjà eu un maître à Parfouru sur Odon, de nombreux enfants de la commune sont scolarisés en 1829, comme le montre le compte-rendu de la réunion du 15 mars ...


En sortant de l'école

Nous avons rencontré
Un grand chemin de terre
Qui nous a emmenés ...


Cette chanson de Jacques Prévert, les enfants de Parfouru ne l'ont bien sûr jamais fredonnée. Pourtant le joli chemin des Jonchères qui conduit à Villodon, menait autrefois nos enfants à l'école de Tournay...bien longtemps avant la fondation de l'école de Parfouru.


Ce 15 mars 1829, le Conseil municipal de Parfouru, après avoir longuement délibéré, affirme une nouvelle fois que la commune de Parfouru ne doit pas contribuer au traitement du vicaire d'Epinay, et précise :
"Quant à l'indemnité de logement du maître d'école, la commune de Parfouru ne doit pas davantage la payer (à Epinay) attendu que les enfants sont allés, pendant les années réclamées, chez l'instituteur de Tournay qui est beaucoup plus à leur portée que celui d'Epinay."

   Ce texte mentionne, pour la 1ère fois, l'existence d'écoliers de Parfouru : certains fréquentent l'école de Tournay, mais d'autres sont inscrits à Epinay, ce qui permet à cette commune de réclamer une participation à Parfouru.

Retrouvons les traces de ces écoliers de Parfouru de 1794 à 1878, date de la création d'une école à Parfouru

Parfouru perd son maître d'école
   "Le 2 vendémiaire de l'an III de la République (21 septembre 1794), le citoyen Pierre Pellevey qui a enseigné la jeunesse pendant 10 ans dans la commune de Parfouru s'est présenté en notre maison commune pour se faire inscrire pour instituteur. Ce citoyen dont la science, la bonne conduite et le civisme sont connus, a été inscrit en cette qualité ... Louis Caillot, Maire."
L'enregistrement de cette délibération du Conseil général de la commune affirme donc l'existence d'un maître dans la commune de Parfouru avant la révolution de 1789.

Mais que sait-on des maîtres d'école avant la révolution ?

   Le clergé du XVIII ème siècle exerce une influence prépondérante à tous les degrés de la société, grace au magistère qui lui appartient exclusivement : l'enseignement public. L'instruction primaire va constituer un enjeu de plus en plus sensible pour les gouvernements successifs. Les maîtres laïcs étaient soumis à un examen et à l'approbation du chanoine du diocèse. Tous maître engagé signait un contrat d'embauche avec les responsables du village.
   La rémunération du maître regroupera longtemps deux types de revenus :
- Une rétribution en nature ou en argent fixée par le contrat. Cette rétribution prise sur les revenus de la commune est si modeste que le maître doit exercer un autre métier. Il n'enseigne le plus souvent qu'en hiver, de décembre à avril, les parents ayant besoin de bras à la belle saison pour les travaux des champs.
- Un droit d'écolage versé par les enfants scolarisés. Apprendre à lire coûte moins cher qu'apprendre à écrire, apprendre à écrire coûte moins cher qu'apprendre à compter.
   Bien des villages ne peuvent s'offrir une école, il existe néanmoins une forme rudimentaire d'instruction : la classe est parfois champêtre : une personne de confiance regroupe les enfants du village, les surveille et les occupe en leur proposant quelques petits apprentissages.

 
 
  - Maîtres et élèves 1790 - Gravure - Musée national de l'Education; INRP Rouen  

La période révolutionnaire va connaître un contexte de la déchristianisation et de destruction du système scolaire.
Parfouru a perdu son prêtre Jean-François Morand. Le Conseil général de la commune se réunit donc le 7 nivose an III pour délibérer au sujet du presbytère :
   "Aujourd'hui 7 nivose de l'an 3ème de l'ère républicaine, le Conseil général de la commune de Parfouru-sur-Odon assemblé au lieu ordinaire des séances de la municipalité pour délibérer au sujet du presbytère conformément à la loi du 27 brumaire, il a été arrêté ... que la maison ...resterait à servir de maison commune comme ci-devant et pour loger un instituteur dans le cas où il y en aurait un."

Il n'y a donc plus d'instituteur à Parfouru en 1794, il n'y en aura plus avant bien longtemps car le presbytère est vendu cette même année.

   L'historien Jacques Solé fait ce constat sans appel : "l'échec le plus grave de la Révolution concerne l'éducation". Les interdictions professionnelles prononcées à l'égard des anciens maîtres d'école recrutés par les ecclésiastiques accélèrent la ruine de l'édifice scolaire de l'Ancien Régime. Un décret adopté par la Convention en octobre 1793 (décret de brumaire an II ) prévoit l'établissement d'une école obligatoire et gratuite par commune de 400 à 450 habitants. Le traitement de 1200 livres sera payé par la République.
   Mais la dernière grande loi révolutionnaire du 25 octobre 1795, au lendemain de la mort de Robespierre est un retour à la situation de l'Ancien Régime : la création des écoles est laissée au bon vouloir des autorités départementales. La commune se contentera de fournir un local pour le logement et pour l'accueil des élèves.

Quant à Pierre Pellevey, une délibération de l'an 8 mentionne un "citoyen, Pierre Pellevey, de la commune d'Epinay...". Avait-il été, lui aussi, victime d'une interdiction professionnelle ?
Les enfants de Parfouru sont contraints de parcourir une demi-lieue matin et soir.

Le chemin de l'école mène les garçons à Tournay-sur-Odon

   Louis Philippe confie à Guizot la charge de l'instruction pendant 5 années et lui permet de mettre en place son ambitieux programme. Ce nom de Guizot est associé à une étape importante de la mise en place de l'instruction primaire : la loi Guizot du 28 juin 1833 qui précise que chaque commune doit ouvrir, seule ou en association, une école publique de garçons et doit entretenir un maître. La loi définit le contenu de l'enseignement, mais la gratuité n'est pas à l'ordre du jour. Les communes sont invitées à prendre en charge la scolarité des enfants d'indigents.

Suite à une lettre insistante du préfet en date du 24 mars, les membres du Conseil municipal se réunissent le 1er avril 1834, pour délibérer à propos des modalités d'entretien de l'école primaire de Tournay où se rendent déjà nos enfants. Ils répondent unanimement :
"... qu'ils ne sont pas assez nombreux pour entretenir seuls une école primaire. La commune de Tournay est la plus près et la plus commode, il était déjà convenu avec le Conseil municipal de Tournay de se réunir avec eux à cet effet".
Un arrêté du préfet officialise le 17 avril 1834 le rattachement de Parfouru à Tournay pour l'entretien d'écoles primaires communales.

   Rappelons qu'une étonnante circulaire de 1828 du Comité de surveillance de l'école primaire dans l'arrondissement de Caen précise :
"Je vous prie Monsieur le maire de tenir à ce que les enfants ne soient instruits que par des personnes de leur sexe. Il n'y a d'exception à cette règle que pour les petites communes qui ne peuvent entretenir qu'un instituteur ou une institutrice... Les autorisations ne seront accordées que sous la condition que la classe du matin sera réservée aux garçons et celle du soir aux filles. Les instituteurs n'obtiendront de pareilles autorisations que quand ils seront mariés, et sous la condition que leurs femmes assisteront à la classe des filles."
   Les membres du Conseil municipal désignent dès le 10 mai, les enfants qui doivent recevoir gratuitement l'instruction primaire. En 1846, le préfet "considérant que le nombre des enfants désignés par le Conseil municipal comme devant jouir de la faveur de l'instruction gratuite ne paraît pas exagérée eu égard au nombre des élèves qui fréquentent l'école." Il décide :
"article 1er ... le nombre des enfants indigents que l'instituteur de cette commune sera obligé d'admettre dans son école et d'instruire gratuitement est fixé provisoirement à quatre ..."

Ainsi, pendant 45 années, de 1834 à 1878, des enfants de Parfouru fréquenteront chaque année l'école de Tournay sans supporter les coûts de cette scolarité. Cette situation va bientôt changer, mais l'association avec Tournay aura donné aux enfants de Parfouru, surtout aux plus démunis, le droit à l'instruction.

" ... C'était lui, le maître d'école
        Il nous a bien remerciés ... "
J-F Sehier / M. Lucas

Ce texte est la première partie du thème " histoire d'une petitie école " qui comprend chronologiquement :
   1. 1829-1853 " Un grand chemin de terre mène à l'école de Tournay "
   2. 1853-1878 " De la crise au divorce "
   3. 1878-1918 " Une école de la République à Parfouru "
   4. 1918-1939 " Qu'as-tu appris à l'école ? "
   5. 1940-1965 " Déclin et mort de notre petite école rurale "
   6. 2006           " L'école de Parfouru en images " 1. Une grammaire archtecturale
   6. 2006           " L'école de Parfouru en images " 2. Une organisation de l'espace