Le cyclone du 4 mars 1912

 En décembre 1999, une tempête qualifiée de "tempête du siècle" s'abat sur notre pays, les vents atteignant 170 et même plus de 180 km/h, arrachant des toitures, des arbres par milliers, semant la désolation dans la nuit du 25 au 26 décembre. Le phénomène est largement couvert par les médias : on n'avait jamais vu cela...sauf que...

  Le lundi 4 mars 1912, un phénomène météorologique qualifié à l'époque de "cyclone", aussi soudain que violent, fait de nombreux dégâts dans notre région. Plongeons-nous dans les documents d'archives de ce début de siècle. C'est Monsieur Armand Bellissent, à l'époque Maire de Parfouru sur Odon et Conseiller Général, qui relate les faits...

  "Un cyclone d'une violence extraordinaire s'est abattu le 4 mars 1912 sur 5 communes du canton de Villers-Bocage (Villers, Epinay, Parfouru, Tournay et le Locheur), sa largeur variant de 50 à 150 mètres. Il était d'autant plus terrible qu'il était moins large.
  Il suivait une ligne droite, brisée à certains endroits. Les points de brisure semblaient produits par la résistance d'endroits boisés.
  Il a commencé ses dégats à la propriété Groult à Villers, s'est dirigé sur les Hauts-Vents et le bois de la propriété d'Espars où il a renversé toute l'avenue de hêtres et fait une petite trouée dans les sapins. A changé sa direction pour passer sur le bois du Chêne, les fermes à Lemière et Bertaux.
  Probablement gêné par le bois de Parfouru, il a de nouveau obliqué, est passé sur les bâtiments de Lemière qu'il a en partie découverts ainsi que le derrière de la charreterie à Bertaux. Chez Lemière, une quinzaine de mètres carrés de couverture neuve en ardoise à passé par dessus deux maisons pour aller tomber à 150 mètres. Des tôles métalliques ont été transportées auprès de l'église de Tournay et dans le Grand Parc; l'une d'elles était tellement entrée dans un tronc d'arbre qu'elle ne put être arrachée à la main.
Le cyclone passa sur le Grand Parc, obliqua un peu au bois des Saules pour passer sur le bois des Nouëttes, le haut de la ferme de Malcouronne, au-dessous de la maison à Tallevast, le haut de la ferme de Brunville, en dessus du douit de Banneville, le calvaire du Locheur, l'église, et traversa l'Odon vers le pont de la route n° 214 pour s'atténuer après.
 Les effets du cyclone furent terribles au Locheur, la propriété (...?) fut à peu près détruite (murs et couvertures), le calvaire jeté bas, la toiture du clocher enlevée et projetée sur une ferme...
  Environ 5000 pommiers furent arrachés ou brisés, autant d'arbres forestiers (petits et gros).
  Le désastre se produisit heureusement vers 7 heures du soir, tout le monde était à souper et il n'y eut pas d'accidents de personnes.
  J'ai eu 266 pommiers abattus et autant d'arbres forestiers, une dizaine de rangs d'ardoises du haut de ma maison furent complètement enlevés. Beaucoup de pommiers de la Crête Pigache, de la Vallée, des herbages à Lemière et de la ferme (...?) furent jetés bas. Mais les plus mutilés (80) furent ceux du Grand Parc ainsi que les Chênes. Tout était réduit en miettes et l'herbage entier était couvert de débris de branches de 50 cm à 2 mètres de longueur. Beaucoup étaient fichés en terre et ne purent être arrachés à la main. Le plus gros pommier fut enlevé avec 2 mètres-cubes de terre et transporté délicatement 20 mètres plus loin.
  La plupart du temps, les arbres étaient bas en arête de poisson; une ligne dans le milieu allait du couchant au levant et les arbres des bords étaient tombés de manière que leur tête était tournée du côté du centre du sinistre.
  Après le Locheur, le cyclone paraît s'être divisé. Une ligne se dirigea sur Sainte-Honorine pour se terminer vers Ifs.
  L'autre branche passa vers Saint-Manvieu pour passer au calvaire Saint-Pierre de Caen."

  Ce cyclone aussi bref (quelques minutes) que dévastateur, qu'on appellerait plutôt aujourd'hui "mini tornade" (le terme cyclone étant réservé à des phénomènes météorologiques tropicaux et de bien plus grande ampleur) a donné lieu dès le 11 mars à une déclaration à la Préfecture. Le Préfet diligentera alors monsieur Hédiard, ingénieur agronome et professeur départemental d'agriculture assisté de deux commissaires (experts proposés par le maire de Parfouru sur odon), à savoir Monsieur Lénault, maire d'Epinay sur Odon et Monsieur Avoies, cultivateur à Noyers-Bocage pour procéder à la constatation et l'évaluation des pertes occasionnées par le cyclone. Tout cela permettra de chiffrer le montant des indemnisations à envisager pour les victimes. Le Contrôleur des Contributions directes viendra ensuite entériner cette évaluation des pertes dès le 28 mars.
  L'état des dégâts supportés par les propriétaires nous permet de recenser les propriétaires terriens touchés mais aussi leurs fermiers, les lieux concernés ainsi que les surfaces, le nombre de pommiers abattus par le cyclone (794 rien que sur le territoire de notre commune) et les sommes (manque à gagner) concernées. Il nous permet aussi de réaliser la carte du tracé plus que probable de ce cyclone...

M. Lucas / J-F Sehier

Voir la carte du passage du cyclone