Les conscrits de 1810
Petite histoire du service militaire
  C'est en Prusse qu'apparaît en 1733 le service militaire obligatoire. Les gouvernants français toujours inquiets d'armer le peuple attendront 1905 pour proclamer l'obligation pour tous d'un service militaire de 2 ans. La Convention décidera pourtant en 1793 une levée en masse de 300.000 hommes pour "sauver la patrie en danger".
  La 1ère conscription est codifiée sous le Directoire par la loi Jourdan de 1798, le 1er article proclame "Tout français est soldat et se doit à la défense de sa patrie." Tous les français "d'âge militaire", c'est à dire âgés de 20 ans révolus doivent être inscrits ensemble (conscrits) sur les tableaux de recrutement de l'armée et y restent inscrits jusqu'à l'âge de 25 ans. Le service dure 5 ans pour ceux qui sont désignés.
 Au début de l'Empire les contingents sont modestes : 80.000 hommes par an jusqu'en 1809. Mais Napoléon au moment de l'extension de la guerre d'Espagne, outre l'appel aux étrangers, lèvera 1.100.000 hommes entre 1810 et 1812, pour une France de 29 millions d'habitants (dans ses limites actuelles). On use du rappel des anciens et le soldat ne sait plus combien de temps durera son service.
  Le tirage au sort désignera très vite ceux qui partiront ; mais le système du remplacement permettra aux plus aisés d'échapper à la conscription, en payant une personne démunie qui partira à sa place.
  C'est ainsi que ce 10 septembre 1810...

Parfouru le 10 septembre 1810
  Aujourd'hui, 10 septembre Mil huit cent dix, Louis Caillot maire de Parfouru a fait assembler tous les garçons domiciliés dans la dite commune conformément à l'arrêté de Mr le préfet du Calvados en date du deux du présent et de la circulaire en date du cinq, concernant la levée de 3.000 hommes dans le département du Calvados. Etant tous assemblés, le maire a donné lecture à l'assemblée de l'arrêté et de la circulaire susdite et a ensuite fait des billets en nombre égal à celui des garçons domiciliés qui devaient concourir au tirage pour la levée des dits 3.000 hommes (rappel : les plus petits numéros seulement sont partants certains, mais en 1810 tous sont susceptibles d'être mobilisés).
  Il a ensuite appelé les garçons dont les noms suivent qui sont :
Adam François qui a eu le n°4; Le Maignan Louis, n°13; Bellissent Pierre, n°7; Bellissent Jean, n°1; Beaudel Jean, n°11; Beaudel Gabriel, n°2; Fresney Jacques, n°5; Hardi Jean-Baptiste, n°3; Marie Jacques, n°9; Noël Pierre, n°8; Néel Michel, n°12; Le Poissonnier Jean-Pierre, n°10; Tirard Bernard n°6.
Que sont-ils devenus ?
La plupart sont partis, ils participeront à la guerre en Espagne, à Rome ou à la campagne de Russie en 1813, à la campagne de Prusse...Combien reviendront ? Combien sont morts pour la France et l'Empereur ?
Cette même année 1810, une chanson composée dans le Languedoc va faire le tour de la France
Le départ du conscrit
Je suis t'un pauvre conscrit
De l'an mille huit cent dix
Faut quitter le Languedô
Avec le sac sur le dos.

Le maire et aussi le préfet
N'en sont deux jolis cadets
Ils nous font tirer s'au sort
Pour nous conduire à la mort

Adieu mon père, au revoir,
Et ma mère, adieu, bonsoir !
Crivez-moi de temps en temps,
Pour m'envoyer de l'argent.
Dites à ma tante que son neveu
A t'attrapé le numéro deux.
Qu'en partant son coeur se fend
Tout comme un fromage blanc.
Adieu donc, chères beautés
Dont nos coeurs sont z'enchantés !
Ne pleurez point notre départ :
Nous reviendrons tôt z'ou tard.

Adieu donc, mon tendre coeur,
Vous consolerez ma soeur !
Vous y direz que Fanfan
Il est mort en combattant.

Qui qu'a fait cette chanson
N'en sont trois jolis garçons :
Ils étions faiseux de bas
Et à cette heure ils sont soldats.

J-F Sehier / M. Lucas