1792 : Election du Conseil Général de la Municipalité

De la monarchie à la République

  Ce jour là, Louis Caillot, maire de la commune, entre dans l'église et fait sonner la cloche, l'opération est deux fois répétée. Les citoyens de la commune cessent leur activité et accourent.
  Que se passe-t-il donc à Parfouru ce 23 décembre 1792 ?

  Louis Caillot est sans doute anxieux, il n'est plus maire, ou pas encore ; il vient d'être élu lors du renouvellement de la Municipalité, il a bien prêté serment, mais la nomination de cette assemblée a été cassée et annulée. Aujourd'hui, les citoyens votent une nouvelle fois!

  Revenons en arrière :

  Le 14 juillet 1790, la Fête de la Fédération se déroule dans l'enthousiasme et marque l'unité de la France nouvelle, la Révolution semble bien terminée. Le 3 septembre l'Assemblée Constituante a terminé sa tâche : elle a doté le royaume d'une constitution, et laisse la place à une nouvelle assemblée : la Législative.
  La Nation est maintenant composée de citoyens classés en 2 catégories, 3 millions de citoyens passifs qui n'ont que des droits civils, et 4,3 millions de citoyens actifs, qui excluent les femmes, les comédiens, les juifs et ceux qui ont moins de 1 an de résidence dans le canton. Ces citoyens actifs âgés de plus de 25 ans, et qui paient une contribution (le nouveau nom des impôts) égale à 3 journées de salaire, sont les seuls à avoir le droit de voter. A Parfouru, ils sont 25!

  Dans une France nouvelle divisée en 83 départements, districts et communes (qui vont remplacer les paroisses) la loi du 14 décembre 1789 organise l'administration municipale. Elle précise que dans notre petite commune, on doit élire pour 2 ans un Conseil Général de la Commune formé de notables (6 pour Parfouru) et du "Corps municipal" (un maire élu par tous les citoyens actifs, 2 officiers municipaux, et un procureur, représentant le roi et l'intérêt public, élu lui aussi).

  La Révolution semble terminée, mais la fuite du Roi, arrêté à Varennes provoque l'insurrection du 10 août 1792, la prise des Tuileries et l'emprisonnement de Louis XVI. La Monarchie constitutionnelle a cessé de vivre et la constitution n'a plus cours, la Législative doit laisser la place à une nouvelle assemblée chargée de rédiger une nouvelle constitution pour la Première République : elle portera le nom de "Convention".

  Nos élus avaient juré de "maintenir la constitution du royaume et de mourir en la défendant", les nouveaux représentants du peuple devront prêter serment à la République.

  C'est ainsi que ce 23 décembre 1792, an I...


Parfouru le 23 décembre 1792, an I de la République

  Le 23 décembre 1792, les citoyens de Parfouru, appelés à trois reprises par la cloche de l'église, se réunissent pour élire une nouvelle municipalité en remplacement de celle choisie moins de deux mois avant et démise le 15 décembre.
  Les citoyens Desmoulins et Mauger, maires de Villers et Villy, ont été nommés commissaires par l'administration pour surveiller les opérations de l'assemblée de Parfouru.
  Le bureau provisoire est formé avec François Caillot, président provisoire choisi au bénéfice de l'âge, André Bellissent, Michel Baudel et Louis Maizeray, les plus âgés après lui, nommés scrutateurs provisoires alors que le citoyen Guérin est nommé secrétaire par le  Président. On peut procéder à l'élection du bureau définitif.
  Les 25 citoyens actifs de Parfouru élisent François Caillot président et le citoyen Guérin secrétaire. C'est à la majorité relative que sont ensuite élus scrutateurs les citoyens François Baudet, Germain Caillot et Pierre Pellevey.
  Le Président fait ensuite serment de fidélité à la République et le même serment est ensuite prêté par toute l'assistance mais 2 membres refusent et sont expulsés...
  On procède ensuite à l'élection du maire par les 23 personnes restantes et c'est le citoyen Louis Caillot qui l'emporte avec 15 voix.

  A noter ici un premier incident de séance, quelques citoyens protestant quant à la nomination du sieur Baudel (un des commissaires) réputé non-patriote et dont les agissements de l'épouse montrent qu'elle n'est guère plus républicaine puisqu'elle baptise elle-même les enfants en prétextant que " le baptême des prêtres constitutionnels (ayant juré fidélité à la République) ne vaut rien "

  La réunion se poursuit par l'élection à la majorité absolue de deux officiers municipaux. Germain Caillot et Michel Baudel sont élus.

  Nouvel incident de séance, reproche étant fait au premier nommé d'être entièrement dévoué au seigneur du lieu et au second de ne savoir...ni lire, ni écrire!!! ce que ce dernier reconnaît, argumentant cependant que son fils de 13 ans, lui, sait !!! (il "fait les affaires à sa place")

  S'ensuit l'élection du procureur de la Commune à la majorité absolue. C'est le citoyen Guérin qui l'emporte...et accepte.
  Enfin, il faut choisir les six notables qui composeront le Conseil général de la commune, à la majorité relative cette fois. Sont alors élus Louis Mézeray, Bonaventure Godefroy, François Baudel, Jean Guillet, Pierre Renaut et Gilles Moulinet.

NDLR : Les deux réclamations ci-dessus évoquées et qui ont quelque peu perturbé la séance ont été relatées au procès-verbal de la réunion, puis rayées, sans doute dans un souci d'apaisement.

Réunion du 4 janvier 1793

  Le maire, les officiers généraux et les notables assemblés à 8 heures du matin, jurent d'être fidèles à la loi, de maintenir de tout leur pouvoir la liberté, l'égalité et la République française et de mourir à leur poste en la défendant.

   Le maire fait ensuite élire le greffier, Michel Bellissent l'emporte mais le maire refuse de faire la proclamation car le fils du dit Bellissent est prêtre réfractaire (il a refusé de prêter serment à la Nation).

Réunion du 13 janvier 1793

  La commune de Parfouru dûment convoquée s'est assemblée, présidée par Louis Caillot, maire du dit lieu. Elle procède à la nomination de 2 notables pour remplacer Pierre Renaut nommé contre la loi et François Baudel nommé greffier par le Conseil Général.
Jacques et Pierre Delaunay obtiennent la majorité absolue et sont proclamés en cette qualité.

Ce 13 janvier 1793, le Conseil Général de la commune est en place comme suit :

Maire : Louis Caillot -Procureur : Nicolas Guérin -Officiers municipaux : Germain Caillot et Michel Baudel -Notables : Louis Mézeray, Gilles Moulinet, jean Guillet, Bonaventure Godefroy, Jacques et Nicolas Delaunay -Greffier : François Baudel

J-F Sehier

Voir quelques gravures de l'époque