1803 : Parfouru coupé du monde !

Ruaudet ou Bérésina ?

   Ce jour là M. Abaquesné de Parfouru écrivait à Monsieur l'évêque de Bayeux un long plaidoyer en faveur du maintient de l'église paroissiale de Parfouru...

   "Si malheureusement notre église était supprimée, les habitants seraient forcés d'aller à celle d'Epinay qui est la moins éloignée. Mais le chemin qui y conduit est long, et il est très mauvais pendant l'hiver. Il y a même des temps où il est impraticable à cause d'un ruisseau qui partage les deux communes, et qui, étant grossi par les pluies en rend l'accès difficile et même impossible aux gens de pied."

    M. Abasquesné de Parfouru : "lettre à l'évêque de Bayeux le 15 ventôse an XI (13 août 1803)

   Le village de Parfouru était-il coupé du monde en cet hiver 1803 ? Quels chemins empruntaient alors les habitants de notre commune ? Dans quel état étaient ces chemins ?

   Certes Monsieur Abaquesné exagérait sans doute un peu, il fallait absolument conserver un lieu de culte à Parfouru et refuser toute idée de réunir les paroisses de Parfouru et d'Epinay. Cependant l'hiver 1804 connut aussi un "dégel catastrophique" comme le prétendait cette autre lettre du même Monsieur Abaquesné au curé de Villers

   "Tous les chemins qui conduisent aux églises des communes environnantes sont longs et mauvais. Celui qui mène à Epinay est plus court, mais il est difficile en tout temps, et dans l'hiver il devient presque impraticable à cause d'un ruisseau qui sépare les deux communes, et qui étant grossi par les neiges et par les pluies, rend ce passage très dangereux pendant la saison de l'hiver."

   M; Abaquesné de Parfouru : "lettre à M. Lecat, curé de Villers, 25 thermidor an XII (13 août 1804)

   Une lecture attentive de nos archives va permettre de raconter l'histoire des chemins de Parfouru...

Histoire des chemins de Parfouru à travers les documents d'archive

   1. Document n° 1 : à propos de la Route de Bretagne - 29 avril 1740
    Une lettre de l'intendant de la Généralité de Caen évoque le problème du paiement de plantation d'arbres sur la "nouvelle Grande route de Bretagne". Un inventaire des Chemins dressé en...indique que le chemin d'exploitation des Bruyères (aujourd'hui "Chemin de Bretagne") était l'ancienne route de Caen.
   Il existe donc vers 1740 une "Ancienne route" et une "Nouvelle Grande route". Un réseau de chemins malaisés devait relier Parfouru à Villers, à Landes, à Tournay, et à Epinay.

   2. A propos de la Route de Bretagne - 25 mars 1758
    Une autre lettre d'un nouvel intendant met un terme au litige en précisant que l'alignement d'arbres des Bruyères de Montbrocq, sur la paroisse de Parfouru, appartiendra à François Bellissent, arbres "qu'il a lui même fournis et plantés à ses frais, sous la condition néanmoins que lui ou ses serviteurs les entretiendront en bon état en faisant seulement élaguer les branches inutiles".
La "Nouvelle Grande route" est indiscutablement l'actuelle D 675.

   3.Compte-rendu de la réunion du Corps municipal du 7 Juillet 1793
    
La "Commune" dûment convoquée se réunit ce jour là, conformément à un arrêté du District, pour désigner le chemin utile qui sera mis au nombre des chemins vicinaux. A l'unanimité il est convenu que le chemin de la commune prendrait son origine au ruisseau nommé le Ruaudet pour aller à la Grande route de Caen en Bretagne.

   4. Carte de Cassini
     C'est la plus ancienne des cartes de l'ensemble de la France. César-François Cassini de Thury (son père fondateur de la cartographie française a été anobli au titre de "Seigneur de Thury" commence les levées en 1760, elles se termineront avec son fils Jacques Dominique en 1789. La publication ne sera achevée qu'en 1815 et la carte de Cassini sera remplacée au cours de ce XIX ème siècle par la carte d'état-major au 1/80 000.
    La carte de Cassini représente les "routes" sans aucune mention des chemins vicinaux et sentiers. Il n'existe aucun axe routier le long de la vallée de l'Odon. Une curiosité la D 675 est bien représentée (elle porte le nom de route royale sur d'autres documents), mais c'est un autre axe, empruntant l'actuel tracé de l'autoroute A 84 (donc celui de la voie ferrée) qui porte le nom de "Route de Caen en Bretagne". Cet axe qui avait remplacé le chemin des Charbonniers ou des Bruyères comme route de Bretagne allait être déclassé à son tour. Il sera utilisé plus tard comme tracé de la voie ferrée.

  5. Le Procès verbal de l'arpentage de la commune de Parfouru rédigé le 29 novembre 1830
    
Pour la première fois une étude et un arpentage du parcellaire de la commune permettent de dresser une carte cadastrale de Parfouru et de ses chemins. (Voir la carte)

    La commune est structurée par
- la Route de Granville à Caen (l'actuelle 675)
- un réseau de chemins vicinaux :
    * Le chemin vicinal de Parfouru à la Grande route
    * Le chemin vicinal de Parfouru à Tournay
    * Le chemin de Villers à Parfouru sur Odon
    * Le chemin d'Epinay à Parfouru
    * Le chemin de Parfouru au Hameau de Villodon
    * Le chemin de Landes à Parfouru
- les avenues et dépendances du Château de Parfouru :
    * L'avenue du Château proprement dite
    * L'avenue des Goulets
    * L'avenue de la route
    * L'avenue du Pont rouge
    * L'avenue plantée
    * L'avenue des Landes
    * La Chasse du Parc
- chemins de desserte et d'exploitation :
    * Le chemin d'exploitation des Bruyères
    * Le chemin de Parfouru à Villodon
    * Le chemin des Landes de Montbroc
    * L'avenue du Parc aux Prêtres
    * Le chemin du Roi
    * Le chemin de la Fontaine Boisarde
    * La venelle aux chats
    * Le sentier du Bas de Parfouru
    * Le sentier des Costils
    * La ruelle à Marie Fiant
 


(actuel VC)
(actuel VC)
(disparu)
(aujourd'hui D 214)
(aujourd'hui D 214)


(existe encore partiellement)

(allée du Haut-Laurent)





(chemin de Bretagne ou chemin des Charbonniers)
(chemin des Jonchères, GR 221 maintenant)
(disparu)
(existe encore)
(disparu, il sera cédé à M. Bellissent

(non utilisable, se voit encore dans le village)
(existe encore, reclassé en V.C., il mène à un lavoir)
(privé et non praticable)

(du village au chemin des Landes de Montbroc, sera vendue)

   6. Le cadastre de 1836 (tableau d'assemblage sous verre dans la salle de réunion du Conseil municipal)
    Sur ce plan d'ensemble, ne figurent pas le chemin des Landes de Montbroc et le chemin de Parfouru au Hameau de Villodon (D 214).
La D 675 portait alors le nom de "Route royale de Granville à Caen"
Le plan indique "Fontaines Boisard" au pluriel et représente deux fontaines

   7. Le tableau des chemins ruraux
    Un arreté du 23 Messidor an V ordonnait aux administrations centrales de chaque département de dresser un état général des chemins pour en constater l'utilité et les rendre à l'agriculture s'il y avait lieu.
    Un article du 18 juillet 1837 charge les maires de la voirie municipale, de la conservation et de l'administration des propriétés municipales.
    Le tableau(Voir celui-ci) dresse l'état des chemins de Parfouru et indique pour chacun, son point de départ, sa direction, son point d'arrivée, sa longueur et sa largeur.
    Notons :
    - le chemin des Charbonniers ou des Bruyères est bien l'ancienne route de Caen, c'est le plus large chemin de la commune (4 m). Il existait trois fours à chaux à Parfouru (Voir la carte)
    - la plupart des chemins ont une largeur de 2,60 m
    - les chemins inférieurs à 2 m sont classés ruelles ou sentiers
    - un 15 ème chemin rural sera créé plus tard : le chemin latéral au chemin de fer (il existe encore près de l'aire de pique-nique)

J-F Sehier